Entretien Dominique Paquet

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Dublin Core

Titre

Entretien Dominique Paquet

Éditeur

Julie Valero

Public visé

private

Date

Vendredi 27 septembre 2024

Type

Audio de l'entretien + extraits transcrits

Format

Audio

Description

Dominique Paquet est autrice dramatique et comédienne. Formée à la philosophie, elle adapte régulièrement pour la scène des textes littéraires et philosophiques et anime, partout en France, des café-philos ou des choco-philos destinés aux enfants. Sa courte pièce, Floue, adaptée du mythe de Narcisse, à partir de sa fascination pour les selfies, appartient au corpus.

Langue

Français

Sound Item Type Metadata

Transcription

Entretien avec D. Paquet Extraits de l’entretien

[J. Valero]
Ma première question porte sur la genèse de Floue, puisque ce texte est une commande du Théâtre du Pélican. Est-ce que vous pourriez revenir un peu sur la façon dont ce texte arrive et comment à partir de cette commande, vous avez l'envie d'aller sur ce sujet-là ?

[D. Paquet]
J'ai travaillé avec le Théâtre du Pélican assez longtemps et j'ai fait partie de plusieurs groupes ou plusieurs commandes successivement, puisque Jean-Claude Gal [directeur artistique de la compagnie] je le connais depuis [inaudible] Il a donc demandé à plusieurs auteurs d'écrire sur les nouvelles mythologies de la jeunesse. Alors, de quelles mythologies s'agissait-il ? Nous avons cherché, je crois, plusieurs auteurs ou autrices [...] de l'Antiquité et moi, j'ai choisi Narcisse. C'est assez banal parce que le selfie me semble assez lié à Narcisse, avec toutes ces personnes qui se prennent en photo dans des endroits extrêmement dangereux, quitte à risquer leur vie ou à mourir. D'autant qu'en plus, le selfie, je trouve, fait des photos absolument affreuses. Et je ne comprends pas ce narcissisme inversé.
[...]
Et quand j'ai reçu cette commande, je me suis dit, je vais parler d'une anorexie adolescente puisque la commande s'adressait aux adolescents, le théâtre du Pélican était dédié aux adolescents, et je vais parler de la maigreur extrême. Je me suis donc documentée sur les groupes ANA pour faire ce texte.
[...]
Donc il y a à la fois plusieurs thématiques dans Floue. Il y a le thème de l'anorexie. Il y a le thème de la préférence de la lecture au repas. Et ensuite toute la dimension synesthésique qui comble finalement cette faim immense. Et puis le narcissisme qui observe fragment par fragment du corps ce qui maigrit et la volupté d'être vide. Alors ça moi c'est une volupté que je connais. Je n'aime qu'être vide. Je sais que j'ai des amis qui aiment la pléthore. Ça m'étonne. Il y a des amis qui m'ont dit “Moi ce que j'aime quand je mange c'est être rempli”. Alors moi je déteste ça. J'aime le vide. J'aime la souplesse que donne le vide. La vivacité. C'est ce que disent les anorexiques. C'est que mentalement on est un peu drogué par le vide et par la faim. Et donc quand j'écris, j'écris vide. Je ne peux pas écrire après avoir mangé. Il faut que j'écrive vide. Et c'est voluptueux. C'est-à-dire qu'on ne sent pas son corps. Vous comprenez ? C'est ça qui vient de l’anorexie ici ou dans le vide. C'est comme quand on nage dans l'océan. On ne sent pas la pesanteur. [...]

[J. Valero]
Comment avez-vous travaillé à partir des recherches effectuées sur le phénomène ana-mia ? Comment avez-vous relié cette documentation au motif du selfie ?

[D. Paquet]
Alors, ça a quelques années, il faut que je rassemble mes souvenirs. Je suis allée sur le groupe ANA et j'ai lu énormément de choses, de témoignages et de photos. Alors, c'est vrai qu'il y a des choses qui m'appartenaient déjà. Par exemple, les os iliaques pointus. Ça, c'est une chose qu'à 13-14 ans, j'ai cherché avec une camarade. On faisait des mesures de nos os iliaques et de la plaine, quand on est couché, on appelait ça la plaine, qui s'étend entre les deux os. Parce que ça, c'est délicieux. C'est vraiment magnifique. C'est une vallée en nu, en quelque sorte, si je reprends une métaphore géographique. Moi, j'ai toujours rêvé d'avoir un ventre plat, ce qui n'est pas le cas, puisque j'ai été opérée après. Mais c'est tellement beau, c'est tellement beau ce côté plat. C'est magnifique. Après, il y a le creux entre les cuisses. Alors ça, j'ai remarqué que dans les sites ANA, ce sont des abîmes, ce sont des tunnels. Et je trouve ça absolument splendide de voir l'air, le paysage, au travers des trous, du creux entre les cuisses. La question de la rotule aussi. C'est très intéressant, la rotule, parce que moi, j'ai toujours des rotules assez maigres. Et j'ai toujours trouvé que c'était aussi doux qu'un galet. C'est très beau. Je n'aime pas quand les genoux sont peut-être un peu gras ou sont conformés de cette façon et qu'on ne voit pas la rotule. Je trouve que c'est beau, la rotule. De voir les os pousser sous la peau. Là, par exemple, j'ai un os qui a poussé. Je ne sais pas ce que c'est. Je trouve ça assez magnifique. Donc, je pense qu'il y a également, et j'en veux pour preuve mon travail sur le maquillage, une fascination de l'os sous la peau que j'ai un peu retrouvée dans les sites ANA. C'est-à-dire voir la transparence, voir les os, voir les tendons. [...]

[à propos d’une expérience menée en école d’art avec chatGPT]

Deuxième chose, les textes en majorité étaient construits comme des textes du XIXe siècle, avec des métaphores rimbaldiennes, baudelairiennes, ou vraiment éculées, “la mer moutonnante”...Et ça, c'était extrêmement intéressant. Parfois, quand les étudiants étaient plus précis, qu'ils revenaient sur leurs textes et qu'ils revenaient sur le prompt, ça devenait intéressant. Mais très franchement, avec la professeure, on s'est dit qu'elle avait été, pour l'instant, nourrie avec des textes anciens, ce qui est vraisemblablement normal. Et j'ai écrit un texte pour Florence Laveau, le chantier de théâtre en Dordogne, à partir d'une collecte de témoignages de 6e dans un collège, Moi dans 20 ans. Donc, j'ai écrit un texte d'une personne qui découvre, dans la salle où nous avions travaillé, c'est un peu comme la machine, l'invention de Morel. Elle ouvre une porte et les voix d'il y a 20 ans arrivent avec tous les enfants qui nous disent, moi dans 20 ans, je serai alpiniste, moi je serai cambrioleur. Et donc, cette commande d'écriture, je l'ai passée à ChatGPT : “écrit un monologue sur moi dans 20 ans. Alors, il y aura des interactions avec le public et imagine ce que peut être la vie dans 20 ans”. Donc, le personnage rentre et marche de long en large, ça ce sont les didascalies. “Il s'adresse au public. Qu'est-ce que je serai dans 20 ans ? Vous aussi, vous vous demandez ce que vous serez dans 20 ans. Eh oui, qu'est-ce que nous serons dans 20 ans ? Alors, peut-être que je serai à la tête d'une entreprise qui fera beaucoup de bénéfices”. Je peux vous l'envoyer. [...] “Et vous ? Peut-être que je serai amoureux. Peut-être que j'aurai réussi ma vie familiale ou ma vie professionnelle”. Toutes les interactions, c'est-à-dire sur le plan dramaturgique, c'est un seul en scène, pas très bon. Et sur le plan de l'interaction avec le public, c'est un stand-up. Mais elle est nourrie comme ça. C'est évident que quand elle va être davantage nourrie, je dis elle, on devrait dire on. Ça, je le disais déjà dans Les Escargots vont au ciel, les machines disent je. “Comment les machines disent “je” ? Oui, mon ordinateur, tu ne devineras jamais comment il s'appelle”. “Je suis en panne, je ne rends pas la monnaie”. Ça, ça me rend folle.

Durée

1:16:21

Citer ce document

“Entretien Dominique Paquet,” Archives plurielles de la Scène, consulté le 5 novembre 2026, http://archives-plurielles.elan-numerique.fr/items/show/1377.