Entretien Héloïse Desrivières
Dublin Core
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Résumé
Extraits de la transcription
[H. Desrivières]
En fait Déesse, on va dire le cadre narratif de Déesse qui est Astrid, étudiante infirmière, qui décide de devenir une influence numérique pour faire face à sa précarité, ce cadre narratif est arrivé très tardivement dans l'écriture de la pièce.
[...]
OK, c'est une influenceuse. Très bien, j'y vais. Moi, à ce moment-là, je n'avais jamais vu de vidéo d'influenceuse. Je n'en regarde pas du tout. Je suis très peu présente sur les réseaux. J'y suis par politesse pour relayer mes partenaires, genre sur Facebook. Parce que j'avais Facebook quand j'avais 15 ans et que je ne l'ai pas désinstallé. Mais, je ne m'en sers pas spécifiquement et je ne suis pas du tout consommatrice. C'est-à-dire que même mon téléphone, par exemple, là pendant un an, je vivais dans une très grande colocation rurale, je l'éteignais à l'arrivée. On parlait au Talkie-Walkie. Je suis assez marginale au niveau de cette utilisation-là. Du coup, j'ai écrit avec l'imaginaire de ça. Mais la question, c'est que ce n'est pas du tout un imaginaire jugeant. Moi, je trouve que les meufs qui deviennent influenceuses pour s'en sortir, c'est des oufs. [...] Je suis souvent en colère. Parce qu'après avoir travaillé sur ce sujet-là, ça m'a quand même mise en colère, les imaginaires et les représentations qu'on en avait. Comme si une influenceuse, c'était forcément stupide ! Alors qu'en fait, les meufs, elles gèrent des entreprises. Elles gèrent une image. Elles gèrent beaucoup de choses. Et c'est parfois beaucoup plus détonnant que la façade qu'elles ont. Puisque c'est elles-mêmes leur métier. Donc, il y a quelque chose quand même d'assez fort. Je ne peux pas dire que ça m'a influencée. Je peux dire que j'ai travaillé à partir d'un imaginaire de ça. Je viens d’un milieu très populaire. Autour de moi, tout le monde regarde ce genre de vidéos, regarde des influenceuses. Donc, j'en ai déjà vu sur les écrans de mes sœurs. Et j'ai une grande famille de vraiment plein de gens qui sont d'un milieu très populaire. Donc, je n'en ai pas vu directement, mais j'en vois par procuration à tous les repas de famille.
[...]
[J.Valero]
Non, alors… Depuis que je travaille sur tout ça, je me suis désabonnée de Facebook. Et Instagram, je m'y étais mise au moment du confinement pour regarder un petit peu ce que les théâtres faisaient. Et là, j'y suis retournée un petit peu pour regarder ce que Marcos [Marcos Caramès-Blanco] postait, si vous y étiez et tout. Mais sincèrement, je n'ai plus aucune pratique des réseaux sociaux, ce qui peut paraître bizarre à mon endroit.
[H.Desrivières]
Non, je comprends.
[J.Valero]
C'est aussi un choix en fait.
[H.Desrivières]
Non, mais j'écris Déesse et j'ai cette pratique-là. Mais c'est juste, il y a un truc écologique en fait. Ce n'est pas OK de pourrir la planète avec des photos de mon chat. Je ne suis pas du tout d'accord avec ça.
[J.Valero]
On y reviendra peut-être. Ça a plutôt été une question de santé mentale à un moment.
[H.Desrivières]
Oui, ça fait partie des trucs. J'ai une tendance addictive dans ma vie de manière générale. Donc, je sais que ce sont des points de vigilance où je me dis : iggh, attention. Et j'ai vu plein de gens, pour le coup, être très mal avec ça, avec ces discussions que vous avez dû avoir avec Marcos, mais avec des questions de santé.
[J.Valero]
Je n'ai pas encore parlé avec Marcos, mais je pense que ça va être un sujet avec lui, cette question-là. Oui, je pense.
[H.Desrivières]
Et ça, pour moi, il y a un gros enjeu. Il y a un bouquin qu'on m'avait fait lire sur les enfants numériques, un roman qui m'avait quand même marquée. Je vous le retrouverai.
[...]
Et il y a un enjeu de démocratie culturelle, pour moi, assez important. Et comment on peut, mettre ces outils-là au service de la démocratie culturelle ? Pour moi, c'est ça l'enjeu. En termes de communication, je n’ai pas besoin de ça : je fais 200 dates dans la compagnie. Il y a un truc où je ne crois pas à ça pour la diffusion. Disons, pour montrer qu'on est « stylé ». Franchement, je pense qu'on montre qu'on est stylé parce qu'en fait, on est avec les gens et que c'est fort ce qui se passe entre nous. Je ne sais pas comment dire, il y a une légitimité du terrain qui fait qu'on a assez de travail, on a assez de collaboration et les choses se déploient. Et je n’y crois pas du tout, je crois que c'est du vent, en fait, dans les relations. Par contre, je pense qu'il faut le prendre à l'endroit du vent. Et donc, à l'endroit de la poésie, c'est aussi du vent qui peut rester. Mais du coup, il faut le prendre à cet endroit-là. Il ne faut pas le mettre à l'endroit d'une vraie relation parce que ça n'en est pas.
[…..]
Le téléphone était un prolongement de moi-même, pas tant sur les réseaux sociaux que comme mon outil. Je travaille beaucoup plus sur le téléphone que sur l'ordinateur. Et d'ailleurs, pendant longtemps, j'avais un ordinateur où je n'avais même pas de son ou de vidéo. J'ai fait ma soutenance de Déesse sur mon téléphone portable. On est quand même à un truc de précarité d'outils. Mon téléphone, il compte quand même. Il y a un truc de ce prolongement-là.
[…]
[H.Desrivières]
Ah, mais mon téléphone, c'est ma vie.
[..]
Oui. Alors, je peux dire que je dépose beaucoup l'écriture sur Notes, donc que c'est le début, mais qu'ensuite, je la retravaille sur l'ordi. J'ai toujours eu un ordi, mais c'est juste que je n'avais pas de son et de vidéo. Donc, il y avait quand même beaucoup de choses que je ne pouvais pas faire, tout ce qui est regarder un film ou faire une visio ou tout ça. Mais j'ai toujours eu des logiciels de traitement de texte. Je suis sur Mac depuis un moment. J'achète des ordinateurs ou du numérique que en reconditionné que je change tous les 6 ou 7 ans quand vraiment ils sont au bout du monde. Et du coup, je suis sur MacBook Pro en 13 pouces et j'écris sur ODT, LibreOffice.