Entretien Julien Mellano
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Résumé
Extraits de transcription
[J.Valero]
Comment est arrivé l'intérêt pour les questions scientifiques ? Il est quand même très présent dans le travail de la compagnie, en tout cas.
[J.Mellano]
Oui, je me suis toujours un peu intéressé à la science, même si je n'ai pas du tout de formation scientifique. Mais oui, tout ce qui est lié à essayer de comprendre comment les choses fonctionnent, que ce soit en biologie, en physique, en astrophysique, ça m'intéresse. Mais je ne suis pas du tout spécialiste. J'aime bien la vulgarisation autour de ça. Et j'aime surtout les imaginaires que ça crée. C'est-à-dire que pour imaginer comment fonctionne l'univers, par exemple, on est obligé de faire appel à un imaginaire complètement théorique. Et pour le faire comprendre, pour essayer d'expliquer à des gens qui sont un peu néophytes, on est obligé d'avoir des images, d'inventer des images simples, pour essayer de faire comprendre les choses.
[…]
[J.Valero]
Quels seraient les sujets scientifiques et ou technologiques pour lesquels tu penses que c'est important aujourd'hui d'avoir une réflexion, ее qui sont très actuels, même si tu ne les as pas encore traités dans des spectacles ? Est-ce que pour toi aujourd’hui c’est les sujets des sciences et des technos qui agitent la société ?
[J.Mellano]
En fait, ce que j'essaie de faire au travers de mes spectacles, c'est plutôt d'essayer de détendre un peu les gens sur l'usage de la technologie et de se dire qu'on peut faire des choses sans technologie, sans être dans une surenchère. Je ne suis pas technophobe, mais je n'ai pas envie non plus d'être complètement dépendant de la technologie.
C'était surtout présent dans Ersatz, ça racontait ça en fait. C'est l'emprise de la technologie et comment on arrive à s'en dégager et qu'est-ce qui fait qu'on peut quand même créer des choses sans technologie. Dans Ersatz, il y a quand même un peu de technologie parce que c'est des technologies assez simples, c'est de la reprise de son.
[…]
Dans Ersatz, ça montrait qu'on pouvait créer un univers lié avec une espèce d'anticipation sur l'usage des technologies, mais tout en utilisant très peu de technologies. La seule technologie, c'est un micro, un effet un peu distordu et puis un peu de connexion HF avec des LEDs, mais sinon c'est que du carton.
[J.Valero]
Et il y a même toute la technique de l'acteur.
[J.Mellano]
Oui.
[J.Valero]
Il y a une forme de technologie aussi, si je peux le permettre.
[J.Mellano]
Mais ça, c'est ancestral.
[J.Valero]
On oublie des fois au théâtre qu'il y a cette technique de base qui est quand même le jeu de l'acteur.
[J.Mellano]
C'est ancestral, et moi j'ai l'impression que c'est ce qui, j'ai l'impression que c'est ça l'avenir. La technologie, peut-être que je délire un peu, mais j'ai l'impression que ça ne va pas durer très longtemps. Ça va continuer à se développer, il va y avoir des transitions avec les modes d'énergie pour pouvoir créer cette technologie, mais on n'a pas de ressources à long terme.
[…]
[J.Valero]
[…]
Est-ce que tu as le sentiment que le théâtre s'empare suffisamment de ces questions [ fin des ressources, la fragilité de nos technologies, les défis écologiques ] ? Ou est-ce que tu as parfois l'impression qu'on n'est quand même pas nombreux à aborder ces sujets ?
[J.Mellano]
J'ai l'impression qu'on y va mais pas bien.
Moi, ce qui me pose question, ce qui me fatigue un petit peu, c'est les spectacles un peu moralisateurs où on est plus dans du documentaire, où on fait la leçon sur la catastrophe du monde. Et on fait ça entre personnes de bons sentiments qui vont au théâtre et qui savent déjà tout ça. Ça, des fois, ça me pèse un peu.
Et je trouve que l'aspect poétique est un peu écrasé par les injonctions.
Et ce qui me manque, c'est un peu... l'aspect un peu poétique ou cette folie qu'on pourrait mettre sur scène. C'est un peu délicat.
Dans Jean-Clone, ça aborde quand même des sujets qui sont très liés à ce qu'on vit aujourd'hui. Mais j'essaye de faire en sorte que ce soit abordé, évoqué, sans avoir de jugement sur ce qu'il faudrait faire ou pas faire. En fait, tout le monde sait ce qu'il faudrait faire. C'est tout ce qu'il faudrait faire pour ne pas aller dans la catastrophe.
Sauf qu'on agit peu. […]
[….]
[J.Valero]
Alors que l'IA, elle est là. Je veux dire, on l'utilise.
Mon téléphone a l'IA, mes ordinateurs ont l'IA. Pourquoi on ne passe pas par la science-fiction pour en parler ? C'est quand même un truc étonnant.
[J.Mellano]
Oui. Parce que ça… Je pense que c'est un peu comme la série Black Mirror. C'est une anticipation, mais qui n'est pas très loin. À quelques années. Ca nous fait un petit coup "attention, demain c'est ça". Et ça nous secoue un petit peu. Ou pas.
[…]
[J.Mellano]
[…]
Et depuis, le smartphone, ça a été un passage un petit peu obligé pour moi. Je l'ai pris un peu à contre-coeur. Et l'usage que j'en fais aujourd'hui, par exemple, c'est...
J'utilise le smartphone essentiellement pour téléphoner et pour utiliser le GPS. Ce sont mes deux usages principaux. Et communiquer avec l'équipe, on a un petit réseau WhatsApp, c'est pratique. Mais j'avoue que je suis très peu patient sur Internet. Et sur les téléphones, je n'arrive pas… Je ne navigue pas sur Internet avec un smartphone parce que ça ne m'intéresse pas, enfin, le rapport à l'objet, à l'écran me fatigue vite.
Et j'ai même fait exprès de… par exemple, sur ma messagerie mail, je peux recevoir des messages, mais je ne peux pas répondre. Il y a une configuration qui fait que ça n'a jamais marché, je n'ai jamais cherché à résoudre le problème et ça me va très bien. Parce que je vois les messages et j'y réponds quand je suis sur mon ordinateur, parce que j'ai le temps d'y répondre.
Et les SMS, j'utilise pas mal les SMS, mais pour le travail, pas tellement. Et sinon, je l'ai configuré aussi de manière à ce qu'il soit très peu pratique. Je suis obligé de cliquer trois fois sur un bouton pour accéder à mes applications. Ça m'incite à pas trop l'utiliser.
[J.Valero]
Pourquoi tu ne veux pas trop l'utiliser ?
[J.Mellano]
Parce que je connais le piège de cet objet-là et que je vois tellement de gens le nez dans leur téléphone que ça m'angoisse. Quand je prends le métro, le bus et que je regarde autour de moi, il y a 80% des gens qui sont sur leur téléphone.
[…]
[J.Mellano]
Professionnellement, oui, j'ai l'impression d'être attentif à ne pas être trop happé par ça. Par exemple, dans les spectacles, il y a de la technologie. Par exemple, je n'utilise pas de vidéo. On ne fait pas de réalité virtuelle. On n'utilise pas d'outils en dehors de la diffusion sonde et des outils que Gilda utilise pour concevoir sa régie.
Ça reste assez simple. En fait, on essaie d'être à l'économie dans les usages numériques.
[…]